LE CHIEN PEUREUX : UNE GESTION PARTICULIÈRE

1. D’où vient la peur ? 
Le chien a été domestiqué par l’homme et ce dernier s’est vite aperçu qu’il pouvait utiliser certains caractères du chien et certaines aptitudes pour des travaux comme la garde et la chasse.

Ainsi sont nées des races et une sélection artificielle dont la finalité était d’exploiter certains items comportementaux. La méfiance en fait partie.

Elle a été cultivée pour la garde et la protection des troupeaux, des individus et de leurs biens. Il n’est donc pas étonnant d’obtenir des chiens « naturellement » peureux, ou du moins 
méfiants et distants.

Il s’agit d’un comportement normal, recherché par l’homme. Ce tempérament doit être repéré précocement afin de choisir l’adoptant en conséquence. 


Par ailleurs, le milieu de développement comportemental a une influence déterminante sur l’état émotionnel du chiot et du futur chien. Le chiot apprend son environnement et se  familiarise  aux  éléments  contenus  dans  cet  environnement.

  Or  le  milieu  de  vie  ultérieure du chien après adoption par une famille n’est souvent pas pertinent pour le jeune chien et parfois très éloigné du milieu de l’élevage. 


L’homme attend de son nouveau chiot qu’il soit à l’aise chez lui, dans la rue, dans la voiture, quels que soient les bruits et mouvements urbains qui l’entourent.

Le chiot, bien que domestiqué à l’homme, n’est pas programmé pour se fondre dans toute vie humaine sans un minimum d’apprentissages.

En l’absence de stimulations, et d’exposition à des situations variées, le chien se montre craintif voire très peureux et peut se mettre à paniquer voire à agresser ceux qui l’entourent.

 

L’inconnu demeure pour lui source de danger qu’il ne peut gérer facilement. Ses réactions de crainte spontanées sont donc le fait de lacunes dans l’apprentissage des gammes de stimulations auxquelles il est amené à être confronté tout au long de sa vie. 


Enfin, l’ensemble des situations vécues par le chien forge son expérience de vie. Et lorsque  celle-­ci  est  encombrée  d’événements  fortement  négatifs,  le  chien  garde  en mémoire les situations traumatisantes. Il peut se sensibiliser au lieu ou à la situation qui  a été mal vécue et ne plus la supporter, refuser ainsi de monter en voiture, d’aller chez le vétérinaire, de sortir dans la rue, d’enfiler une laisse et un collier, tout cela lui rappelant de mauvais souvenirs.

Il peut aussi devenir peureux d’une personne ou d’un lieu qu’il a  associé à l’événement dangereux alors que, ni le lieu, ni la personne ne sont mêlées directement à l’événement.

Ainsi un chien peut agresser un type de personne présente lors d’un événement douloureux. 


2. Que faire ? 
Pour réduire une peur, il est essentiel de l’avoir analysée. Pour cela, il faut fouiller dans le passé du chien.

Mais si le passé explique le présent, la peur peut se manifester de façon variée en fonction du tempérament individuel. Crainte, recul, fuite, évitement,  tremblements, pilo-érection, grognements et attaques caractérisent le tableau comportemental de la peur.

Ces manifestations sont indépendantes des causes mais sont le reflet de la structure émotionnelle propre à chaque chien. Un chien méfiant assertif  aura tendance à l’agression, alors qu’un chien craintif et timide aura tendance à la fuite.

Quelles que soient les causes de la peur, génétiques (certaines races sont plus fragiles), développementales (par déficit de stimulations) ou traumatiques (stimulations vécues 
négativement), les solutions varient surtout en fonction de deux critères :

la capacité adaptative du chien (en particulier la capacité à renouer avec le plaisir), et le type de signe de peur (les agressions sont plus difficiles à appréhender que les réactions de  fuites du fait de leur dangerosité). 
Il faut procéder par désensibilisation d’abord. C’est à dire exposer très progressivement le chien au stimulus qui lui fait peur, d’abord à une intensité qui n’entraîne aucune réaction, puis augmenter le niveau en évitant de provoquer des réactions de peur.

Le chien doit toujours  pouvoir fuir et échapper à la situation. La progression devient efficace dès lors que l’on apprend à bien observer les réactions émotionnelles de l’animal. 
Ensuite, il faut procéder par contre-­conditionnement. Il s’agit d’associer la situation vécue négativement à un stimulus-plaisir (nourriture, jeu, présence du maître, congénère) et ainsi faire oublier les aspects dangereux du stimulus négatif. 
Enfin, il est important de développer en parallèle des activités de plaisir avec le chien, renforcer un lien de confiance avec le maître par une éducation très exigeante mais positive, et bannir toute forme de coercition qui augmente de niveau de mal-­être général du chien.

Il est fondamental de prendre en compte l’équilibre émotionnel du chien pour amélioration sa qualité de vie.


Sources :

DR Vétérinaire Isabelle VIEIRA  http://www.vieiraveterinaire.veto.pro/

Ancienne interne de médecine de l’ENVA, Diplômée du CES d’hématologie et biochimie clinique, Diplômée du CES de diététique,Comportementaliste diplômée des Ecoles Vétérinaires Françaises, Chargée d’enseignement vacataire en troubles de comportement à l’Ecole Vétérinaire d’Alfort, Présidente de la Société Européenne d’Ethologie Vétérinaire des Animaux Domestiques